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τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον |
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Aramaic Jewish |
Our Bread, which is from the earth, |
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XII°siècle |
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XIIIe siècle |
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Raoul de Presles, |
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Bible protestante |
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Clément Marot |
A ce jourd'huy sois nous tant debonnaire, |
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Confession de foi de Genève |
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Yves d'Evreux |
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Bible Protestante du XVIIe siècle |
Donne nous aujourd hui nostre pain quotidien |
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Bible catholique du XVIIe siècle |
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Bible Catholique du XVIIIe siècle |
Donnés nous aujourd'hui nôtre pain |
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Bible Protestante du XIXe siècle |
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Bible Catholique du XIXe siècle |
Donnez-nous aujourd'hui le pain |
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Louis Segond |
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Version Synodale |
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Paul Joüon(spécialiste de l'Hébreu) |
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Émile Osty |
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Bible de Jérusalem |
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Bible en français courant |
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Traduction Œcuménique de la Bible |
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Chouraqui |
Donne-nous aujourd’hui notre part de pain. |
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Français fondamental |
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Claude Tresmontant |
notre pain du jour qui vient [du lendemain] |
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Bible de la Liturgie |
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Bible du Semeur |
Donne-nous aujourd'hui |
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orthodoxes |
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Bible "des écrivains" |
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Nouvelle Bible Segond NBS |
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Traduction Littérale |
Donne-nous aujourd'hui notre pain de demain |
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Louis |
Donne-nous chaque jour notre pain spirituel |
Lectures patristiques du Notre Père
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/toussaint2001/seneve003.htmlLes Pères sont partagés sur le sens à donner aux mots employés pour qualifier ce pain. En effet, le texte de Mt comporte un adjectif, , qui peut recevoir deux interprétations que présente Origène, Sur la Prière, 27 :
soit le mot vient d' + , supersubstantiel ou approprié, nécessaire,
soit il vient d', quotidien ou de demain.
Les Pères latins sont rares à poser la question, car jusqu'à la Vulgate, le mot est traduit par quotidianum.
Origène préfère le premier sens, car ce pain est alors nettement celui qui vient du ciel et nous communique l'immortalité divine. Il le rapproche de l'Arbre de vie, la Sagesse de Pr 3, 18.
Si le deuxième sens était à retenir, il faudrait comprendre, pour Origène, qu'il s'agit du pain du siècle à venir, du monde nouveau où le Christ régnera, accordé par anticipation aux fidèles.
Mais nous sommes déjà entrés dans un deuxième débat, qui est celui du pain spirituel et du pain matériel.
Pour rester encore un peu dans le premier débat, arrêtons-nous à Jérôme ; son retour au texte grec pour établir une traduction latine plus fidèle que les Veterae Latinae l'amène en effet à s'interroger sur le sens de l'adjectif grec, qui n'est plus pour lui masqué par la traduction latine traditionnelle ; puisqu'il est interdit de penser au lendemain, il ne peut s'agir selon Jérôme de demander dans la prière par excellence qu'est l'oraison dominicale ce qui « peu de temps après sera éliminé et digéré. » (In in Titum, 2, 14).
Jean Cassien s'attache au contraire à développer les deux sens et à les expliciter :
« La première qualification [supersubstantialem] exprime sa noblesse et le caractère de sa substance qui élèvent au-dessus de toute substance et font qu'il dépasse par sa sublime grandeur et sainteté toutes les créatures.
Le deuxième [quotidianum] exprime l'usage qu'il faut en faire et son utilité : le mot quotidianum montre que sans ce pain, nous ne pouvons vivre un seul jour de la vie spirituelle. » Conférences IX, 21.
En outre, les Pères sont divisés, selon l'accent principal de leur spiritualité et de leur pastorale, sur le sens à donner au pain, spirituel, matériel ou les deux.Certains penchent pour le seul pain spirituel :
« Le véritable pain est celui qui nourrit l'homme véritable [...] et qui élève celui qui s'en nourrit à l'image du Créateur. »
Origène, Sur la Prière, 27, 2.« Nous faisons injure à la puissance et à la miséricorde infinie de Dieu si nous lui demandons quoique ce soit en dehors de la gloire de son royaume [...]. Il est certain qu'il nous accordera libéralement, avec les richesses célestes, aussi les terrestres. »
Ephrem, Parénèse, 74.Les Cappadociens insistent au contraire, dans d'autres contextes, sur la nécessité de demander le pain que produit le travail, mais de ne demander que le pain, non la richesse. « Il veut que nous soyons toujours ceints pour le voyage et tout prêts à prendre notre essor vers le ciel, ne demandant pour le corps que ce que la nécessité commande » prêche Jean Chrysostome, In Mt, Hom. XIX, 5.
C'est que selon les urgences du temps, il est nécessaire de mettre l'accent davantage sur la pauvreté matérielle ou sur l'exigence spirituelle ; c'est aussi qu'il est plus facile de parler à des moines ou à une petite communauté fervente de pain spirituel qu'à l'assistance d'une église.
Et plutôt que d'opposer les interprétations mieux vaut les rapprocher et reconnaître leur valeur, puisqu'elles se complètent plus qu'elle ne s'excluent.
Demander le strict nécessaire en termes de biens matériels, le pain,c'est aussi laisser place au pain spirituel et le chercher plus que tout le reste.
Cyprien rappelle que « dans le dessein de Dieu, chacune de ces deux interprétations est utile au Salut »,que nous demeurions chaque jour en Christ et qu'ayant renoncé au monde, nous ne demandions que de quoi survivre en ce jour.
Toute interprétation qui écarterait trop radicalement le pain matériel réduirait l'essentiel de l'homme à un pur esprit, et tendrait au gnosticisme ; toute interprétation qui ne verrait que le pain matériel réduirait l'homme à la terre.
Jean-François Colosimo a publié dans Le Monde des religions (n°8, novembre-décembre 2004)
le texte que nous vous proposons ci-dessous :
La prière la plus récitée de l’histoire est aussi la plus méconnue au monde. Car la plus mal lue, en raison de détournements qui outrepassent les querelles d’interprétation. Ce n’est pas, en effet, que les traductions courantes du « Notre Père » soient fautives, abusives, discutables. C’est qu’elles sont imaginaires. Elles s’instituent contre la littéralité du grec pour y substituer un texte inexistant.
Ainsi de la version française usuelle, dite « œcuménique ». Les mots de la koinè s’y effacent derrière la naturalisation des sédimentations exégétiques et théologiques qui finissent par en interdire l’accès.
Il y a d’abord les approximations qui brouillent le caractère performatif de l’invocation initiale.
Le « Père », revendiqué « notre », est non pas « aux cieux », mais « du Ciel ». Il ne s’agit pas de le localiser mais de le proclamer origine absolue en reconnaissant qu’il n’est qu’une paternité, la sienne, exclusive.
Le règne n’est pas un « à venir », mais un « déjà là », et il n’y a pas souhait mais constat de sa présence. Le « nom » est plutôt à « glorifier » qu’à « sanctifier » car il relève de cette immédiateté du Royaume dont la manifestation même réalise la volonté divine pour l’entière création – « sur la terre et aux cieux ».
Eschatologique, cette première période, restituée à son unité intrinsèque, écarte donc le biais cosmologique, sapiental, providentialiste que lui imprime la version « œcuménique ».
Mais c’est dans la seconde période que les approximations tournent à l’invention.
Le « pain », en rien « quotidien », est au contraire celui « du futur », nécessaire ici et maintenant à survivre seulement pour que se découvre la nécessité de la vie qui passe la survie ; aussi faut-il le dire « essentiel ».
Quant au « pardon » et aux « offenses », ils relèvent du pur fantasme puisqu’il n’en est fait aucunement mention. Il est question, en revanche, de « dettes » et de « remise de dettes ».
L’orientation est encore eschatologique : l’état terrestre n’est pas état de subsistance mais de transition et, pour nous y projeter, nous réclamons à Dieu de pouvoir nous juger nous-mêmes à l’aune du Royaume. Loin d’une quelconque loi de compensation à laquelle renvoient les torsions juridiques, moralisatrices, psychologisantes de la version « œcuménique », c’est la souveraineté de la liberté qui est ici affirmée.
Enfin, dans la troisième période, la formule « ne nous soumet pas à la tentation », variation sur l’antique « ne nous laisse pas succomber » , paraîtrait blasphématoire, si elle n’était tout simplement fausse. Il y va, à l’inverse, de la certitude que dans l’épreuve, factuelle, inévitable, peut être souhaitable, la seule vraie menace tiendrait à l’excès, l’impossibilité de l’endurer par soi hors du secours divin –« nous ne pouvons entrer seuls dans ce que nous pouvons traverser mais qui est aussi ce par quoi nous ne voulons pas être traversés ».
Car c’est du « Malin », l’adversaire « meurtrier depuis le commencement » dit ailleurs Jésus, et non pas du « Mal » abstrait de l’éthique, que nous demandons à être « délivrés ».
Cette délivrance, apocalyptique, achevant en plénitude l’éternel présent du Royaume.
Comment dès lors rendre en français un « Notre Père » qui soit le moins menteur possible?
Parmi d’autres, le philosophe Pierre Boutang et le théologien Nicolas Lossky s’y sont essayés.
En leur empruntant à tous deux, voici ma propre esquisse :
« Notre père du ciel,
que ton nom soit glorifié,
que ton règne advienne,
que soit faite ta volonté
–sur la terre comme aux cieux !
Donne-nous ce jour notre pain essentiel ;
remets nos dettes
comme aussi nous remettons à nos débiteurs ;
et ne nous laisse pas persévérer dans l’épreuve,
mais délivre-nous du Malin »
Jean-François Colosimo
Donne-nous aujourd’hui notre pain sur-substantiel
Aujourd’hui : ici et maintenant; sans arrêt; toujours; dans l'éternel présent de Dieu.
Notre pain sur-substantiel : le Pain descendu du Ciel, Christ dans nos coeurs, symbolisé par la manne au désert, le pain de Vie de la Cène.
1) La manne, conservée dans l’Arche d’Alliance, est le témoin que ceux qui sont au désert (l’Église) sont nourris selon leurs besoins : ceux qui en avaient peu en avaient assez, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop (c'est ainsi que la Bible définit l'égalité : II Cor 8:13-15).
2) Le pain de la Cène représente notre nourriture spirituelle, le Corps de Christ donné en nourriture pour prendre la place du vieil homme en nous, afin que croisse l'homme nouveau.
http://www.houstin.info/mods/blog/les-7-requetes-du-notre-pere_31.html
Toute interprétation qui écarterait trop radicalement
le pain matériel
réduirait l'essentiel de l'homme à un pur esprit,
et tendrait au gnosticisme
Toute interprétation qui ne verrait
que le pain matériel
réduirait l'homme à la terre.
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