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  • : 09/03/2007

Annuaires


 
 

Concours

"Notre Père"..Traductions et Commentaires

 

τὸν ἄρτον ἡμῶν

τὸν ἐπιούσιον

δὸς ἡμῖν σήμερον

Aramaic Jewish

Our Bread, which is from the earth,
Give us day by day.

XII°siècle

Nostre pein chaskejurnel dune nus hoi

XIIIe siècle

 Sire, done nos hui nostre vivre de chascun jor

Raoul de Presles,
fin XIVe siècle

Donne nous au iour duy
notre pain supersubstanciel

Bible protestante
XVIe siècle

Donne nous auiourdhuy
nostre pain supersubstanciel

Clément Marot
XVIe siècle

A ce jourd'huy sois nous tant debonnaire,
De nous donner nostre pain ordinaire

Confession de foi de Genève
XVIe siècle  Jean Calvin

Donne nous auiourdhuy nostre pain quotidien

 Yves d'Evreux
XVIe siècle

Nostre pain quotidien donne auiourd'hui à nous

Bible Protestante du XVIIe siècle
Maresior

Donne nous aujourd hui nostre pain quotidien

Bible catholique du XVIIe siècle
Lemaitre de Sacy

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour

Bible Catholique du XVIIIe siècle
Richard Simon

Donnés nous aujourd'hui nôtre pain
qui est au dessus de toute substance

Bible Protestante du XIXe siècle
Darby

Donne-nous aujourd'hui le pain
qu'il nous faut

Bible Catholique du XIXe siècle
Augustin Crampon

Donnez-nous aujourd'hui le pain
nécessaire à notre subsistance

Louis Segond
1881

Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Version Synodale
1910

Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Paul Joüon(spécialiste de l'Hébreu)
1930

Donne-nous aujourd'hui le pain de notre subsistance

Émile Osty
1948

Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Bible de Jérusalem
1950

Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien

Bible en français courant
1982

Donne-nous aujourd'hui le pain nécessaire

Traduction Œcuménique de la Bible
1988

Donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin

Chouraqui
1989

Donne-nous aujourd’hui notre part de pain.

Français fondamental
1990

Donne-nous aujourd'hui le pain qu'il nous faut

Claude Tresmontant
1991

notre pain du jour qui vient [du lendemain]
donne-le-nous aujourd'hui

Bible de la Liturgie
1993

Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour

Bible du Semeur
2000

Donne-nous aujourd'hui
le pain dont nous avons besoin

orthodoxes
de France

donne-nous aujourd'hui notre pain essentiel

Bible "des écrivains"
Bayard 2001

Le pain de la journée,
donne-le-nous aujourd'hui.

Nouvelle Bible Segond NBS
2002

Donne-nous, aujourd'hui, notre pain pour jour

Traduction Littérale
par Louis Pernot

Donne-nous aujourd'hui notre pain de demain

Louis
Pernot

Donne-nous chaque jour notre pain spirituel


Lectures patristiques du Notre Père
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/toussaint2001/seneve003.html

Les Pères sont partagés sur le sens à donner aux mots employés pour qualifier ce pain. En effet, le texte de Mt comporte un adjectif, , qui peut recevoir deux interprétations que présente Origène, Sur la Prière, 27 :

soit le mot vient d' + , supersubstantiel ou approprié, nécessaire,

soit il vient d', quotidien ou de demain.

Les Pères latins sont rares à poser la question, car jusqu'à la Vulgate, le mot est traduit par quotidianum.

Origène préfère le premier sens, car ce pain est alors nettement celui qui vient du ciel et nous communique l'immortalité divine. Il le rapproche de l'Arbre de vie, la Sagesse de Pr 3, 18.

Si le deuxième sens était à retenir, il faudrait comprendre, pour Origène, qu'il s'agit du pain du siècle à venir, du monde nouveau où le Christ régnera, accordé par anticipation aux fidèles.

Mais nous sommes déjà entrés dans un deuxième débat, qui est celui du pain spirituel et du pain matériel.

Pour rester encore un peu dans le premier débat, arrêtons-nous à Jérôme ; son retour au texte grec pour établir une traduction latine plus fidèle que les Veterae Latinae l'amène en effet à s'interroger sur le sens de l'adjectif grec, qui n'est plus pour lui masqué par la traduction latine traditionnelle ; puisqu'il est interdit de penser au lendemain, il ne peut s'agir selon Jérôme de demander dans la prière par excellence qu'est l'oraison dominicale ce qui « peu de temps après sera éliminé et digéré. » (In in Titum, 2, 14).

Jean Cassien s'attache au contraire à développer les deux sens et à les expliciter :

« La première qualification [supersubstantialem] exprime sa noblesse et le caractère de sa substance qui élèvent au-dessus de toute substance et font qu'il dépasse par sa sublime grandeur et sainteté toutes les créatures.

Le deuxième [quotidianum] exprime l'usage qu'il faut en faire et son utilité : le mot quotidianum montre que sans ce pain, nous ne pouvons vivre un seul jour de la vie spirituelle. » Conférences IX, 21.

En outre, les Pères sont divisés, selon l'accent principal de leur spiritualité et de leur pastorale, sur le sens à donner au pain, spirituel, matériel ou les deux.

Certains penchent pour le seul pain spirituel :

« Le véritable pain est celui qui nourrit l'homme véritable [...] et qui élève celui qui s'en nourrit à l'image du Créateur. »
Origène, Sur la Prière, 27, 2.

« Nous faisons injure à la puissance et à la miséricorde infinie de Dieu si nous lui demandons quoique ce soit en dehors de la gloire de son royaume [...]. Il est certain qu'il nous accordera libéralement, avec les richesses célestes, aussi les terrestres. »
Ephrem, Parénèse, 74.

Les Cappadociens insistent au contraire, dans d'autres contextes, sur la nécessité de demander le pain que produit le travail, mais de ne demander que le pain, non la richesse. « Il veut que nous soyons toujours ceints pour le voyage et tout prêts à prendre notre essor vers le ciel, ne demandant pour le corps que ce que la nécessité commande » prêche Jean Chrysostome, In Mt, Hom. XIX, 5.

C'est que selon les urgences du temps, il est nécessaire de mettre l'accent davantage sur la pauvreté matérielle ou sur l'exigence spirituelle ; c'est aussi qu'il est plus facile de parler à des moines ou à une petite communauté fervente de pain spirituel qu'à l'assistance d'une église.

Et plutôt que d'opposer les interprétations mieux vaut les rapprocher et reconnaître leur valeur, puisqu'elles se complètent plus qu'elle ne s'excluent.

Demander le strict nécessaire en termes de biens matériels, le pain,c'est aussi laisser place au pain spirituel et le chercher plus que tout le reste.
Cyprien rappelle que « dans le dessein de Dieu, chacune de ces deux interprétations est utile au Salut »,que nous demeurions chaque jour en Christ et qu'ayant renoncé au monde, nous ne demandions que de quoi survivre en ce jour.

Toute interprétation qui écarterait trop radicalement le pain matériel réduirait l'essentiel de l'homme à un pur esprit, et tendrait au gnosticisme ; toute interprétation qui ne verrait que le pain matériel réduirait l'homme à la terre.


Jean-François Colosimo a publié dans Le Monde des religions (n°8, novembre-décembre 2004)

le texte que nous vous proposons ci-dessous :

La prière la plus récitée de l’histoire est aussi la plus méconnue au monde. Car la plus mal lue, en raison de détournements qui outrepassent  les querelles d’interprétation. Ce n’est pas, en effet, que les traductions courantes du « Notre Père » soient fautives, abusives, discutables. C’est qu’elles  sont imaginaires. Elles s’instituent contre la littéralité  du grec pour y substituer  un texte inexistant.

Ainsi de  la version française usuelle, dite « œcuménique ». Les mots de la koinè s’y effacent derrière la naturalisation des sédimentations exégétiques et théologiques  qui finissent par en interdire l’accès.

Il y a d’abord les approximations qui brouillent le caractère performatif de l’invocation initiale.

Le « Père », revendiqué « notre », est  non pas « aux cieux », mais « du Ciel ». Il ne s’agit pas de le localiser mais de le proclamer origine absolue en reconnaissant qu’il n’est qu’une paternité, la sienne, exclusive.

Le règne n’est pas un « à venir », mais un « déjà là », et il n’y a pas souhait mais constat de sa présence. Le « nom » est plutôt à « glorifier » qu’à « sanctifier » car il relève  de cette immédiateté du Royaume dont la manifestation même réalise  la volonté  divine pour l’entière création – « sur la terre et aux cieux ».

Eschatologique, cette première période, restituée à son unité intrinsèque, écarte donc le biais cosmologique, sapiental, providentialiste que lui imprime la version « œcuménique ».

Mais c’est dans la seconde période que les approximations tournent  à l’invention.

Le « pain », en rien  « quotidien », est au contraire celui « du futur », nécessaire ici et maintenant à  survivre seulement pour que se découvre la nécessité de la vie qui passe la survie ; aussi faut-il le dire « essentiel ».

Quant au « pardon » et aux « offenses », ils relèvent du pur fantasme puisqu’il n’en est fait aucunement mention. Il est  question, en revanche, de « dettes » et de « remise de dettes ».

L’orientation est encore eschatologique : l’état terrestre n’est  pas état de subsistance mais de transition et, pour nous y  projeter, nous réclamons à Dieu de pouvoir nous juger nous-mêmes à l’aune du Royaume. Loin d’une quelconque loi de compensation à laquelle renvoient les torsions juridiques, moralisatrices, psychologisantes de la version « œcuménique », c’est la souveraineté de la liberté qui est ici affirmée. 

Enfin, dans la troisième période, la formule « ne  nous soumet pas à la tentation », variation sur l’antique « ne  nous laisse pas succomber » ,  paraîtrait   blasphématoire, si elle n’était tout simplement fausse.  Il y va, à l’inverse,  de la certitude que dans l’épreuve, factuelle, inévitable, peut être souhaitable, la seule vraie menace tiendrait à l’excès, l’impossibilité de l’endurer par soi hors du secours divin –« nous ne pouvons  entrer seuls dans ce que nous pouvons traverser mais qui est aussi ce par quoi nous ne voulons pas être traversés ».

Car c’est du « Malin », l’adversaire « meurtrier depuis le commencement » dit ailleurs Jésus, et non pas du « Mal » abstrait de l’éthique, que nous demandons à être « délivrés ».

Cette délivrance, apocalyptique, achevant en plénitude l’éternel présent du Royaume.

Comment dès lors rendre en français un « Notre Père » qui soit le moins menteur possible? 

Parmi d’autres, le philosophe Pierre Boutang et le théologien Nicolas Lossky s’y sont essayés.

En leur empruntant à tous deux, voici ma propre esquisse :

« Notre père du ciel,

que ton nom soit glorifié,

que ton règne advienne,

que soit faite ta volonté

sur la terre comme aux cieux !

Donne-nous ce jour notre pain essentiel ;

remets nos dettes

comme aussi nous remettons à nos débiteurs ;

et ne nous laisse pas persévérer dans l’épreuve,

mais délivre-nous du Malin »

Jean-François Colosimo



Donne-nous aujourd’hui notre pain sur-substantiel
Aujourd’hui : ici et maintenant; sans arrêt; toujours; dans l'éternel présent de Dieu.
Notre pain sur-substantiel : le Pain descendu du Ciel, Christ dans nos coeurs, symbolisé par la manne au désert, le pain de Vie de la Cène.
1) La manne, conservée dans l’Arche d’Alliance, est le témoin que ceux qui sont au désert (l’Église) sont nourris selon leurs besoins : ceux qui en avaient peu en avaient assez, ceux qui en avaient beaucoup n’en avaient pas trop (c'est ainsi que la Bible définit l'égalité : II Cor 8:13-15).
2) Le pain de la Cène représente notre nourriture spirituelle, le Corps de Christ donné en nourriture pour prendre la place du vieil homme en nous, afin que croisse l'homme nouveau.
http://www.houstin.info/mods/blog/les-7-requetes-du-notre-pere_31.html



Toute interprétation qui écarterait trop radicalement
le pain matériel
réduirait l'essentiel de l'homme à un pur esprit,
et tendrait au gnosticisme
Toute interprétation qui ne verrait
que le pain matériel
réduirait l'homme à la terre.

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