Mots de Noël : Véronique Margron
VÉRONIQUE
MARGRON.
Noël : trouver et poser ensemble
le geste d'audace !
« Comment Noël peut-il nous rendre attentif à la fragilité de l'autre?
C'est la question, me semble-t-il, que pose la célébration de la naissance de ce Dieu faible. Ces fragilités sont bonnes dans le sens où elles nous ouvrent au besoin de l'autre, aux
émotions, à l'amour. Il n'est pas question de nier la condition mortelle, l'échec toujours possible ou le chaos de nos vies, mais de savoir comment faire pour accepter, soutenir, étayer ces
fragilités contre les mauvaises fragilités que sont notre absence de considération pour notre prochain et ces fameuses injustices sociales dont nous sommes en partie responsables.
Noël nous invite à comprendre que l'état d'injustice du monde n'est pas une fatalité de l'Histoire. Le . geste que chacun pose à son niveau est irremplaçable, car celui à qui il s'adresse
est lui-même irremplaçable. Ce que je ferai, moi, personne ne le fera à ma place, et il me faut faire le geste, même si, comme disait Emmanuel Lévinas, .. je suis·toujours .en. retard au
rendez-vous du prochain ". Celui qui est dans une meilleure situation est toujours assigné à la pauvreté de l'autre, il lui est redevable, et il s'agit là d'une question d'alliance, pas de
contrat.
Bien sûr, il faut que nos gestes particuliers, nos bonnes et justes fatigues, soient reliés à des dynamiques collectives : le courage singulier a besoin d'être soutenu.
Comment la société réussit-elle à fédérer nos gestes individuels ?
C'est la question. Je crois pour ma part que l'émergence d'une conscience universelle n'est pas pour demain, mais elle progresse: voyez comment des femmes et des hommes se battent partout
dans le monde pour lés droits de l'homme. Et si l'on vous dit que cette idée est une idée "occidentale ", c'est de la foutaise!
J'ai dans ma faculté de théologie une dizaine de jeunes chrétiennes de l'Église clandestine de Chine, dont certaines ont été emprisonnées et même torturées. Le sérieux et l'engagement
qu'elles mettent dans leurs études sont impressionnants: elles travaillent à une chose capitale, qui est la formation d'une conscience religieuse et politique.
Un mot enfin sur la prière : si vous priez, vous êtes seuls mais dans la sûreté de la foi, vous sentez que votre prière rejoint un peuple. Nous, chrétiens, avons la chance de ressentir ce
lien, l'existence d'un" récit collectif". Ce doit être une incitation à faire preuve de plus d'audace. »
Véronique Margron est doyenne de la faculté de théologie d'Angers.