Mots de Noël : Dounia Bouzar
Dounia
Bouzar
Noël : la « transpiration commune »
l'expérience humaine partagée
« Presque tous les Français, quelles que soient leurs convictions, s'apprêtent à fêter Noël. Pour certains, elle est religieuse; pour d'autres, culturelle ; mais pour tous, la fête est
devenue un moment où l'on fait le point sur sa relation à soi et aux autres.
C'est la laïcité, en France, qui nous permet de partager ces moments, puisque la liberté de conscience est garantie: croire ou de ne pas croire. À force de se mélanger depuis l'école
maternelle, chacun comprend que les visions du monde" des autres" ne sont-pas un danger mais un enrichissement.
Au fond, les religions n'avancent pas par grands discours ou belles théories, mais par l'expérience humaine partagée, la" transpiration commune ".
Quand je grandis avec Marie qui est chrétienne, David qui est juif, Hélène qui ne croit pas en Dieu, je ne comprends pas mon Coran comme les musulmans vivant entre eux. À l'école de la
République, j'ai appris à dire" je "et ne comprends pas ma religion comme mon arrière - grand - mère analphabète soumise aux traditions du clan dans sa cuisine de la campagne
égyptienne.
Ce qui veut dire que l'engagement dans l'histoire, le partage tout simplement, provoque de nouvelles significations.
À partir de quoi est-on différent, à partir de quoi est-on similaire? Les gens " différents" ne le sont pas toujours autant qu'on croit! Enfermer l'autre dans sa différence est aussi
grave que lui refuser toute différence. " Commun ", est ni« tout à fait le même » ni« tout à fait pareil ". La communication fonctionne lorsqu'on est à la bonne distance, ni trop
proche ni trop éloigné. C'est là qu'on peut se rencontrer vraiment Et fêter Noël tous ensemble, quel que soit notre prophète. »
Dounia Bouzar est anthropologue du fait religièux. Auteur d'ouvrages sur l'islam de France, elle a été désignée héroïne européenne » par «Time Magazine » pour son travail
novateur sur l'islam. Elle vient de publier « l' intégrisme, l'islam et nous,on a tout faux!» (Plon).