Témoignages d'Espérance
Frère Roger (Taizé)
Espérer,
c’est d’abord découvrir
aux profondeurs de notre aujourd’hui
une Vie qui va de l’avant et que rien ne peut arrêter.
C’est encore accueillir cette Vie
par un oui de tout notre être.
En nous lançant dans cette Vie,
nous sommes conduits à poser,
ici et maintenant,
au milieu des aléas de notre existence en société,
des signes d’un autre avenir,
des semences d’un monde renouvelé
qui, le moment venu,
porteront leur fruit.
Gwenaelle BRIXIUS
L'espérance comme action
L'espérance, parce qu'alimentée par la foi, est une certitude qui n'est pas une quiétude mais une dynamique. Elle est une attente active en vue d'un avenir, elle est action plutôt que connaissance (1) : l'espérance n'est plus comprise comme une manière vertueuse de vivre dans un temps qui n'est que provisoire, mais un appel à donner un sens au temps où le passé ne définit plus l'avenir et où le présent n'est pas dévalué. Dans les années 60, des théologiens protestants comme J. Moltmann (2) et W. Pannenberg (3) nous emmènent au-delà de la vision d'un Dieu éloigné (le Dieu "en haut" de K. Barth) ou présent dans la seule réalité de l'individu (l'espérance d'un Dieu qui vient dissiper nos craintes sur la mort selon R. Bultmann). L'espérance tient à l'action de Dieu mais aussi à notre propre engagement.L'espérance comme responsabilité
L'annonce de l'Evangile consiste-t-elle à répondre à des espérances où à éveiller des espérances en donnant des raisons d'espérer ? Aujourd'hui au "principe d'espérance" répond le "principe de la responsabilité" (H. Jonas), à l'interrogation sur ce qu'il nous est permis d'espérer, nous devrions savoir si nous sommes encore capables d'espérer. Longtemps, la théologie chrétienne a affirmé que les promesses transmises venaient combler le désir d'éternité, de béatitude et d'un monde meilleur à venir. L'événement de la résurrection du Christ nous apprend que nous n'avons plus à subir la mort comme une fatalité. Nous ne devons plus envisager notre finitude comme une réalité ultime, car l'espérance nous permet de renouveler notre relation avec Dieu et avec les hommes. Croire en l'accomplissement des promesses de Dieu nous laisse libres pour discerner nos véritables responsabilités et pour évaluer la réalité présente. La foi nous contraint à être présents dans le monde en luttant contre le déterminisme, la résignation et l'inertie, et l'espérance nous procure le courage, l'imagination et le dynamisme nécessaires. "La foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas"(Hébreux 11,1).
Espérance Chrétienne et Politique
(Extrait d'homélies de Mgr Romero)
Comment le Père éternel signale des objectifs immédiats pour animer l'enfant sur son long chemin.
Une pédagogie de Dieu qui, à travers les prophètes, nous a également animés. Selon le livre de Daniel, la persécution passera en ce qui se réfère au temps et adviendra un Règne de Dieu. C'est comme si on attendait des humains qu'ils soient le plus parfait possible, et cependant, cent ans passeront encore avant que le Christ ne vienne promettre cette autre Rédemption et cette autre Résurrection. Nous pourrions nous dire : «Dieu s’est trompé.» Non, il s'agit là de la pédagogie du père envers son fils qui doit faire un très long voyage. Pour que ce dernier ne se décourage pas, le père lui raconte les beautés de cette ville où ils vont. Mais le fils se fatigue, alors le père commence à lui dire : «Regarde nous allons marcher jusqu’à ce sommet, derrière ce sommet se trouve ce royaume si beau que je t’ai décrit.»
- À chaque pas la splendeur du but comme quelque chose qui se gagne, mais le définitif demeure toujours au-delà. Et lorsque le fils arrive au sommet, le père lui dit encore : «C’est un peu plus loin, encore un peu.» Ainsi font les prophètes en conduisant l'humanité, et l'Église poursuit la pédagogie des prophètes. C'est pourquoi elle ne peut pas dire : «Oui, ce système politique qui a été conquis au prix de tant de sang, est définitif.» Non, l'Église ne peut pas s’engager à définir ici sur Terre ce Règne de Dieu. Elle continue d’animer les libérateurs, elle continue d’animer l'amélioration constante des gouvernements, elle continue d’animer l’amélioration des systèmes politiques mais elle n'est pas politique. Elle est animatrice, elle est le père qui encourage son fils à aller plus loin, à maintenir l'utopie et cette soif de perfectionner sans cesse davantage les systèmes.
C'est pourquoi, un système athée est aveugle lorsqu'il veut offrir aux humains un paradis sur Terre. Cela n'existe pas. Au-delà de nos efforts se trouve Dieu et la seule perfection sera la Libération définitive, l'immortalité, par delà la mort. Cela ne signifie pas que nous devons être aliénés, ne plus travailler, nous satisfaire de la situation actuelle et attendre la mort passivement. Cela fut déjà condamné par les premiers chrétiens. Pour attendre un Ciel qui allait bientôt venir, ils cessèrent de travailler. Saint Paul, en toute crudité, leur dit : «Celui qui ne travaille pas, qu’il ne mange pas.» C'est à dire que l'Espérance du Ciel n'est pas pour encourager la paresse ; il faut travailler, et celui qui a une vocation doit la développer.
Nous devons tous faire un effort pour améliorer sur cette Terre notre situation politique, sociale, économique, mais toujours avec la perspective orientée vers l'éternité. L'Espérance nous anime pour que nous reflétions sur Terre la beauté, la justice et l'amour de ce Règne. Un reflet, rien de plus, parce que le véritable et le définitif appartient à l'Espérance, celle qui anime nos labeurs. L'Espérance doit être la vertu des politiciens, des hommes et des femmes qui luttent.
L'Espérance chrétienne !
Sans l'Espérance de Dieu, les libérations de la Terre demeurent mutilées. Sans l'Espérance de l'éternité, les libérations se convertissent seulement en changements des maîtres de la situation. Nous n’avons pas confiance en un athée, en un homme sans foi, sans Dieu, qui prétend au pouvoir seulement par le sort de cette Terre. On ne peut pas offrir un paradis sur Terre parce que cela n'existe pas. Mais l'Espérance exige de travailler pour s'améliorer toujours davantage.
C'est pourquoi, mes frères, mes soeurs, l'Église alimente l'Espérance et ce n'est pas sa tâche de faire l'analyse politique du système, de faire des stratégies. Elle n'est que l'impulsion de tous les systèmes et de toutes les stratégies pour qu'ils ne dévient pas et pour qu'ils s'orientent toujours vers ce chemin de la véritable libération qui ne se vivra seulement qu'en cet horizon indiqué par la révélation d'aujourd'hui.» 18/11/79, p.447-451, VII.
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