Pensée iconoclaste..mais pensée tout de même
Comme beaucoup de chrétiens, je ne cesse de m'interroger sur ce que deviens notre Eglise et ne manque pas d'être étonné voire sceptique devant certains textes et certaines décisions prises par la hiérarchie et notamment le Vatican depuis quelques années. Ce blog témoigne largement de cet état d'esprit !
Quand l'encyclique récente de Benoît XVI est sortie, j'ai eu envie de la lire du plus près possible pour essayer de mieux comprendre et de trouver des réponses à ma préoccupation .
Je l'ai donc lue et relue et sans doute n'ai je pas tout compris. c'est un texte dense et particulièrement riche que je relirai encore.
Je me suis efforcé d'en faire un minimum d'analyse la plus positive possible comme en témoignent deux articles précédents.
Je continue de dire "Merci à Benoît XVI pour l'Espérance" et de me sentir interpellé par "les voies d'exercice de l'espérance" qu'il trace.
Après avoir écrit ce que j'ai écrit et dit comment ce texte nous prenait avec lui pour nous conduire par des chemins d'espérance vers l'Amour universel, je voudrais me permettre la reflexion qui suit :
A l'évidence, les spirituels,
ceux qui le sont et plus encore ceux qui sont considérés ou se considèrent comme tels
se précipitent déjà et se précipiteront sur ce texte...
de même que pas mal de "communautés" nouvelles
et groupes de prières charismatiques ou pas ...
Ils trouveront là de quoi nourrir et alimenter leur démarche pour longtemps :
c'est bien pour eux et pour l'Eglise qu'ils puissent approfondir ainsi leur Foi et leur espérance.
Mais je me demande comment les "pasteurs"
et ceux qui portent profondément et concrètement
le souci d'une Evangélisation au coeur des réalités quotidiennes
vont réagir et tirer un réel profit de ce texte..
Après la première impression et une certaine séduction,
je me suis demandé si on ne retrouvait pas dans la démarche proposée
comme des relans de dualisme...
Certes, à de nombreuses reprises,
le pape parle de nos "petites espérances", de notre "agir", de nos "souffrances"
et pour les prendre en compte,
mais c'est pour immédiatement et malgré tout les opposer
à la grande espérance qui elle, vient de Dieu et tombe en quelque sorte du Ciel..
Et nos petites espérances, d'où viennent elles ? ai je envie d'ajouter
Nous ne pouvons que recueillir
le Message que nos espérances humaines, nos actions concrètes,
nos prises de responsabilité, nos souffrances
ne trouvent leur sens dernier
que dans le "Dessein" de Dieu révélé et opéré en Jésus Christ.
Mais à aucun moment je ne lis ou ne comprends
que ce dessein de Dieu est déjà inscrit dans nos vies
au point que la vie elle-même
dans sa densité et dans sa richesse humaines
est le lieu et le moyen de la découverte des "biens que nous espérons" :
certes ces biens viennent de Dieu et nous sont donnés
mais ne sont ils pas accessibles
"à travers" l'expérience de la vie quotidienne
qui elle aussi sort des mains de Dieu...?
Un passage m'a posé davantage question parce qu'il me semble révélateur
(numero 43 du texte)
Le Pape constate avec le Concile du Latran IV :
"Aussi grande que puisse être la ressemblance
constatée entre le Créateur et la créature,
la dissemblance est toujours plus grande entre eux"
Comment se comble ce fossé ?
"Dieu lui-même s'est donné une image dans le Christ qui s'est fait homme.."
et qui partageant la condition de l'homme abandonné par Dieu
est devenu espérance certitude..
Ne manquerait il pas ici un maillon ?
Certes le Christ est l'Image de Dieu,
mais n'oublions pas que l'homme et la femme sont créés à l'image de Dieu
et donc qu'avant toute connaissance et révélation de Jésus Christ
leur vie est marquée par Lui
au point de pouvoir devenir lieu et moyen de sa rencontre...
Comme fait exprés,
cette réalité de l'homme et la femme créés à l'image de Dieu,
absente de ce texte sur l'Espérance
est le fondement théologique
de la Constitution Pastorale du Concile Vatican II ;
"Gaudium et spes"....
qui avec "Lumen Gentium" , la constitution sur l'Eglise
sont étrangement absentes
des nombreuses références proposées ici par le Pape.
Pourtant de nombreux thèmes mis à l'honneur par le Concile
sont repris avec bonheur :
nous sommes un peuple en marche,
notre démarche de Foi d'Espérance et de Charité
ne peuvent être individuelles,
la Prière nous établit forcément en "communauté",
la souffrance ne peut être que partagée..
Mais ne manque t il pas quelquechose de solide et fondateur d'espérance
que nous apporté le Concile
et qui est si précieux pour les Pasteurs ?
Parce que l'homme et la femme sont créés à l'image de Dieu,
le chemin vers le Christ Image définitive de Dieu
est déjà tracé dans leur existence
qui donc a en elle même
la capacité d'être le lieu et le moyen de la découverte du Christ
et des biens qu'il nous donne :
la pleine révélation de La Foi, l'Espérance et la Charité...
Certes nos petites espérances ont besoin de la grande espérance
comme nos petites vies ont besoin de la Vie,
mais nos petites espérances et nos petites vies
ne sont elles pas le moyen que nous donne le Créateur
de marcher vers et de découvrir
la grande espérance et la vraie Vie en Jésus Christ ?
Si l'homme et la femme
sont créés à l'Image de Dieu
il n'y a qu'une "Création" :
celle de la grande Espérance
vers laquelle on chemine
et que l'on découvre
dans les petites espérances.
Si l'on oublie que l'homme et la femme
sont créés à l'image de Dieu
Il y a comme deux mondes
Celui où l'on se bat
avec les petites espérances
(comme contre des moulins à vent ?)
et celui de la Grande Espérance
(qui tombe du Ciel ?)
Serait il là le clivage entre l'Eglise servante et pauvre du Concile,
et l'Eglise plus soucieuse de restaurer sa propre image,
- peut être même son pouvoir -
et de refonder une "chrétienté" ?
Pour détendre mon lecteur et avec un clin d'oeil souriant je voudrais relire cet extrait : (numéro 5)
et poser non sans malice respectueuse une question !"il y avait aussi des conversions dans les couches aristocratiques et cultivées, puisqu'elles vivaient, elles aussi, « sans espérance et sans Dieu dans le monde ».
Le mythe avait perdu sa crédibilité;
la religion d'État romaine s'était sclérosée en un simple cérémonial, qui était exécuté scrupuleusement, mais qui était seulement réduit désormais à une « religion politique ».
Peut on éviter de penser ici à la "religion"
sclérosée en un simple cérémonial exécuté scupuleusement...
et qui sait,
réduite aussi à une religion politique...
mais qui a eu la chance d'être reconnue,
voire encouragée
par le "motu proprio" que l'on sait ?
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Merci pour ce "poême" que je ne connaissais pas.
Mais pour répondre à la dernière strophe : Non ! je n'ai pas la prétention de parler au nom de Dieu.
La théologie est une discipline rationnelle, ce n'est pas de la poésie. De fait, tout ce qui est de nature "sentimentale" en est exclu. C'est une question d'ascèse intellectuelle.
Il faut donc prendre garde des philosophies ou théologies profanes exubérantes : il n'y a pas de christianisme humaniste, mais un humanisme chrétien certainement - lequel est fondé sur l'Incarnation et non pas sur la création originelle de l'homme "fait à l'image de Dieu" (Gn 1).
C'est parce que Dieu, en son Incarnation humaine, a donné sa vie au monde que la dignité de l'homme (gardien de la création) est assurée pleinement. Jusqu'à cet instant l'homme n'avait aucune dignité par lui-même, ayant été créé par un acte de pure forme.
C'est par une lecture chrétienne (donc rétrospective) de Gn 1 que l'on a cru voir un acte d'amour divin dans la création de l'homme. Mais d'amour, dans ce récit, il n'y en a aucun. Et rien n'est devenu pire depuis que cette lecture a oublié qu'elle était chrétienne ! S'est developpée alors une sorte d'humanisme naturel (dont tes pensées s'inspirent) auquel l'Eglise d'Occident a répondu par l'affirmation d'une loi naturelle.
De cette espèce de déchirure, ton blog est l'écho permanent.
Alors, si tu acceptes mon avis, permets moi de trouver dans la création de la femme (Gn 2) le premier et le seul acte d'amour de Dieu envers l'homme aux heures de la création.
Et j'ajouterais même : le "Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous" ne rend-il pas celui-ci bien plus semblable à Dieu que l'acte de Gn 1 ?
Seulement voilà, la cause cette "mutation" anthropologique est le fameux acte de transgression (dit péché originel) et l'auteur... la femme. C'est par où Dieu a aimé que l'homme s'est détourné de lui. La dignité de l'homme (qui connaît désormais le bien et le mal) lui est acquise mais il l'a usurpée.
Le christianisme est essentiellement souché sur cette anthrogénèse de Gn2 et non sur l'autre, et auquel l'amour du Christ viendra répondre. Mais de fait, le monde, la création aura cessé d'être l'horizon borné de l'homme, là où il continue encore d'inscrire ses "petites espérances"...
Bien à toi,
Philippe
Les bonnes actions plaisent à ceux qui le font.
Mais si tu les fais sans amour,
elles ne te plaisent pas.
Le sel rend la nourriture meilleure.
De même pour faire de bonnes actions,
il faut aimer.
On peut comparer les bonnes actions
aux membres de ton corps.
L’amour, c’est le coeur
qui rend ton corps vivant.
Se priver de nourriture, c’est bien.
Mais si tu jeûnes sans amour,
tu gardes une mauvaise odeur dans ta bouche.
Ton jeûne ne sert à rien.
Ta prière est agréable,
et l’amour te donne des ailes
pour voler comme un oiseau.
Mais si ton aile est faible,
tu ne verras pas le Dieu Très-Haut
là où il habite.
Être juste est une bonne chose
pour celui qui pratique la justice.
Mais si tu es juste sans amour,
tu te fatigues pour rien.
Si tu gardes ton corps pour le Seigneur,
si tu lui appartiens,
tu recevras une glorieuse récompense.
Mais si tu n’aimes pas,
tu es comme un homme marié qui trompe sa femme.
Si tu partages ton pain avec celui qui a faim,
tu recevras une récompense.
Mais si tu partages ton pain sans amour,
tu ne gagnes rien.
Si le martyr donne son corps au feu
pour être brûlé,
il a besoin d’aimer.
Alors il recevra
la récompense des martyrs.
Aimer est plus important
que de parler au nom de Dieu
et de croire en lui.
En effet, sans amour,
tu ne peux pas parler au nom de Dieu
et tu ne crois pas en lui.
**Jacques de Saroug († 521) est l’un des plus grands docteurs syriens. Il fit ses études dans l’école très réputée d’Édesse puis il devint moine. Son œuvre poétique est considérable.
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