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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /2007 22:16

Grégoire de Nysse : Biographie

Au coeur de l'activité des hommes, de leurs engagements, de leurs contructions et réalisations, de leurs découvertes et de leurs recherches, de leurs joies, de leurs plaisirs et de leurs peines, il y a toujours de quelque manière question d'argent, de finances...

L"argent est le fruit de l'implication de chacun, de ses engagements, le moyen pour lui de subsister et de créer, un outil formidable d'échanges de biens, de services, de vie d'énergie et de richesses de toutes natures..

L'argent est donc aussi au coeur de ce que nous appelons la "Charité" dans le sens le plus fort du mot : ce mouvement de Vie et d'Amour qui trouve sa source dans le Créateur et englobe tous les hommes pour les conduire jusque dans l'accomplissement du Royaume...

L'argent, ce sont des valeurs, des chiffres, des richesses que l'on reçoit, que l'on gagne, que l'on donne, que l'on loue, que l'on place, que l'on investit, que l'on rentabilise, que l'on prête, que l'on offre qui fait de nous des "riches" mais aussi des "pauvres"...


Un jour, Saint Grégoire de Nysse s'adresse aux "Usuriers"


Ne vis pas de cette vie inhumaine qui prend les dehors de la charité,
n'affecte pas de sauver avec ton or
tandis que d'intention et de cœur
tu perds celui qui s'est confié à toi.

L'oisiveté et la cupidité, voilà la vie de l'usurier :
Ce qui est à tout autre il le regarde comme sien ;
il souhaite aux humains des besoins et des maux,
Chaque jour il calcule son gain, et jamais sa cupidité n'est assouvie ;

 L'usurier le plus éhonté prend mille peines pour doubler son argent ;
et Dieu, de son plein gré, donne le centuple à quiconque ne pressure pas son frère.
Écoute le conseil de ce Dieu, et tu recevras des intérêts assurés.
Pourquoi, outre que tu te rends coupable, te consumes-tu en soucis ?

« Renonce, ô homme, à cette inquiétude dangereuse,
quitte cet espoir qui te mine,
ne perds pas ton capital en courant après les intérêts ;
tu demandes au pauvre des revenus et de nouvelles richesses,
et tu ressembles à un homme
qui voudrait obtenir des monceaux de blé
d'un champ aride, brûlé par la sécheresse,
ou de riches grappes
d'une vigne sur laquelle a passé un nuage chargé de grêle,
ou des enfants d'un ventre stérile,
ou un lait nourrissant de femmes qui n'ont pas enfanté.
Nul ne tente ce qui est contre nature, ce qui est impossible ;
car, outre la vanité des efforts, on prête encore à rire.

Dieu seul est tout-puissant ;
lui qui trouve la voie de ce qui semblait impossible
et qui exécute ce qu'on n'osait ni espérer ni attendre,
tantôt ordonnant à la source de couler du rocher,
tantôt faisant tomber du ciel un pain nouveau et miraculeux,
tantôt adoucissant l'amère Mara par le contact d'une baguette,
fécondant le sein stérile d'Élisabeth,
donnant à Anne Samuel et à Marie
le premier enfant né d'une vierge.
Voilà les œuvres uniques de la main toute-puissante.

Ne demande pas un produit au cuivre et à l'or, matières stériles ;
ne force pas la pauvreté à faire œuvre de richesse,
ni celui qui te demande un capital à rendre des intérêts.
Ne sais-tu donc pas que la demande d'un prêt
n'est qu'une demande d'aumône déguisée ?

fioretti-Rinuncia-ai-beni-Giotto.jpg Et l'Evangile, cette source inépuisable de charité, commande la remise des dettes ;
ici elle dit avec bonté :
"Ne prêtez pas à ceux de qui vous espérez recevoir" ;
ailleurs, dans la parabole,
elle châtie amèrement le serviteur impitoyable
qui ne se laisse pas fléchir par les supplications de son compagnon
et ne lui remet pas une faible dette de cent deniers,
lui qui avait obtenu la remise de dix mille talents.

Notre Sauveur,
celui qui nous enseigne l'amour,
offrant à ses disciples une règle et un modèle de courte prière,
y a fait entrer les paroles qui suivent,
comme les plus nécessaires
et les plus efficaces pour fléchir Dieu :  
« Et remettez-nous nos dettes
comme nous 1es remettons nous-mêmes
à ceux qui nous doivent. »
Comment donc prieras-tu, toi, l'usurier ?
De quel front demanderas-tu une grâce à Dieu,
toi qui reçois toujours et ne sais pas donner ?
Ignores-tu que ta prière ne fait que rappeler ton inhumanité ?
Qu'as-tu pardonné pour venir demander le pardon ?
Quand as-tu fait miséricorde,
toi qui invoques le Dieu miséricordieux ?
Si tu donnes une aumône,
n'est-elle pas le fruit de tes rapines cruelles,
n'est-elle pas grosse des malheurs,
des larmes, des soupirs d'autrui ?
Si le pauvre savait l'origine de cette aumône que tu lui offres,
il ne l'accepterait pas ;
il lui semblerait qu'il va goûter
à la chair de ses frères et au sang de ses proches ;
mais il te tiendrait ce langage plein d'une noble liberté :

« 0 homme,
ne me nourris pas des larmes de mes frères ;
ne donne pas au pauvre ce pain,
fruit des gémissements de ses compagnons de misère ;
remets à ton semblable
ce que tu as injustement exigé de lui,
et je te rendrai grâce.
Que sert-il que tu consoles un malheureux,
si tu en fais mille ?
S'il n'y avait pas un tel nombre d'usuriers,
il n'y aurait pas un tel nombre de pauvres.
Dissous ta confrérie,
et nous pourrons tous nous suffire."


Partout on accuse les usuriers,
et rien ne peut guérir cette plaie,
ni la loi, ni les prophètes, ni les évangélistes :
« Écoutez ceci, dit Amos,
vous qui réduisez en poudre les pauvres
et qui faites périr ceux qui sont dans l'indigence,
vous qui dites :
Quand seront passés ces mois où tout est à bon marché,
afin que nous vendions nos marchandises ? »
En effet, les pères sont moins heureux de voir des enfants leur naître
que les usuriers ne sont joyeux de voir les mois se remplir.

Ils donnent à leur péché des noms respectables,
et appellent leur trafic « humanité ».
Lui, humain ?
Mais n'est-ce pas le paiement des intérêts
qui renverse les maisons et épuise les fortunes ?
qui réduit des hommes libres à vivre plus mal que des esclaves ?
qui pour un plaisir de quelques instants remplit d'amertume le reste de la vie ?

Les oiseaux se réjouissent des embûches du chasseur ;
les grains qu'il répand pour eux
leur font aimer et fréquenter des lieux
où ils trouvent une abondante nourriture ;
mais bientôt ils sont pris et périssent dans les pièges :

De même celui qui reçoit de l'argent à intérêt
se trouve quelque temps dans l'aisance,
mais se voit ensuite banni du foyer paternel.
La pitié n'habite pas dans ces âmes criminelles et cupides ;
ils voient la maison même de leur débiteur mise en vente,
et ne sont pas attendris,
mais ils pressent sans relâche le marché,
afin de recouvrer plus promptement leur or
et d'enchaîner dans leurs liens un autre malheureux :
osquich--2-.jpg tels ces chasseurs actifs et insatiables
qui entourent de leurs filets une vallée tout entière,
et, après avoir pris tout le gibier,
transportent leurs toiles dans un autre vallon,
puis dans un autre encore,
jusqu'à ce qu'ils aient dépeuplé les montagnes.


De quels yeux un pareil homme peut-il regarder le ciel ?
Comment ose-t-il demander le pardon de ses fautes ?
Ou n'est-ce pas par sottise
qu'il ajoute à sa prière
ces mots que nous a enseignés le Sauveur :
« Remettez-nous nos dettes
comme nous les remettons nous-mêmes
à ceux qui nous doivent » ?

Oh ! combien de malheureux, à cause de l'usure,
ont brisé leur cou dans un lacet !
Combien se sont précipités dans le courant des fleuves,
ont trouvé la mort plus douce que leur créancier,
et ont laissé des enfants orphelins
sous la tutelle d'une mauvaise marâtre,
la pauvreté !
Mais alors même
ces honnêtes usuriers n'épargnent pas la maison déserte ;
ils tourmentent des héritiers qui n'ont peut-être recueilli
que la corde funeste,
ils réclament de l'or à ceux qui ne trouvent que le pain de l'aumône
et quand on leur reproche (quoi de plus juste ?) la mort du débiteur,
quand pour les faire rougir on leur rappelle le lacet fatal,
ils n'ont même pas honte de ce qu'ils ont fait,
leur âme n'en est pas émue,
mais un sentiment cruel leur dicte d'impudentes paroles :
«;;Cet insensé,
né sous une mauvaise étoile,
a été conduit par sa destinée à une mort violente. ­»
Car nos usuriers sont philosophes,
et ils se font les disciples des astrologues d'Égypte,
quand il leur faut justifier
leurs actions abominables et leurs meurtres.

Il faut répondre à l'usurier :
«C'est toi qui es la naissance fatale, la funeste influence des astres.
Si tu avais adouci sa peine, si tu lui avais remis une part de sa dette,
si tu avais réclamé l'autre sans rigueur,
il n'aurait pas détesté cette vie de tourments,
il ne serait pas devenu son propre bourreau.
De quel œil, au jour de la résurrection,
verras-tu celui que tu as fait périr ?
Alors un repentir inutile se saisira de toi,
alors viendront les profonds gémissements
et le châtiment inévitable.
Ni l'or ne courra à ton aide,
ni l'argent ne te portera secours ;
mais ce trafic d'intérêts sera pour toi plus amer que le fiel.
Ce ne sont pas là des paroles pour t'effrayer,
mais des faits véritables,
qui attestent le jugement
avant même que tu l'aies subi,
et dont tout humain sage et prévoyant doit se garantir. »

Vous ne savez pas pour qui vous entassez,
pour qui vous prenez tant de peines.
Mille accidents, mille calamités vous menacent ;
les voleurs, les pirates infestent la terre et la mer ;
craignez que, sans conserver votre or,
vous n'augmentiez le nombre de vos péchés.
« Ah! disent-ils cet homme nous est insupportable
(car je sais ce que vous murmurez entre vos dents,
moi qui vous fais comparaître sans cesse devant cette chaire) ;
il en veut à ceux qui sont dans le besoin et attendent le bienfait.
Allons, nous ne prêterons plus ; et comment ces malheureux pourront-ils vivre ? »
Langage digne de la conduite,
réponse bien faite
pour ces hommes que les ténèbres de l'argent aveuglent ;
ils n'ont pas même l'intelligence assez forte
pour comprendre ce qu'on leur dit.
Ils entendent à rebours les conseils qu'on leur donne :
tandis que je leur parle,
ils menacent de ne plus prêter à ceux qui sont dans le besoin,
et murmurant tout bas
ils menacent de fermer leur porte aux malheureux.

Avant tout, je proclame à haute voix qu'il faut donner,
mais j'engage aussi à prêter ;
car le prêt est une seconde forme de don ;
mais il faut prêter sans intérêt ni usure,
gr--goire-nysse.jpg comme le commande la parole divine.
Le même châtiment est réservé
à celui qui ne prête pas et à celui qui prête avec intérêt
l'un est convaincu d'inhumanité,
l'autre de trafic déloyal,
mais ces hommes vont d'un extrême à l'autre,
lorsqu'ils déclarent qu'ils ne donneront plus d'aucune façon.
C'est là une opposition impudente,
une folle résistance à la justice,
une lutte et une guerre contre Dieu.


 Voir d'autres extraits : Homélie contre les usuriers

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