Ci dessous, je reproduis un dialogue entre Philippe et moi (Michel)
en cas qu'il soit de quelque utilité pour l'un ou l'autre de nos lecteurs
Michel
D'abord et avant tout, je suis heureux de te retrouver après la longue trève que j'ai observée sur ce blog et j'espère que tout va bien ...
Quand je parle de trois ordres majeurs, je parle comme tu peux le savoir aussi bien que moi du presbytérat et du diaconat, certes, mais aussi du "sous-diaconat" qui a été supprimé..
Quant à savoir si le sous diaconat "était" un sacrement, on peut discuter..
Quant à savoir si masculinité et sacra mentalité riment forcément ensemble ?
Quant à savoir si la possibilité de communiquer l'Esprit est réservée aux hommes et donc interdite aux femmes ?
....Je crains que nous soyons dans des distinctions et des discriminations qui n'ont pas grand chose à voir avec la Foi..
..tu le vois, je suis encore plus "indécrotable" !
Philippe
......je trouve regrettable que tu fasses de ton "indécrotabilité" une sorte de qualité ou une vertu.
Car la foi chrétienne n'est pas n'importe quelle "Foi" (sic).
Elle est la foi de l'Eglise, et non la tienne ou la mienne aussi respectables qu'elles soient.
Et en Eglise, il faut chercher l'Unité - pas la polémique à laquelle incline naturellement notre ego.
Michel
Tu as sans doute raison mais je tiens assez à mon "indécrotabilité" car
je ne peux oublier que la foi s'enracine dans le "limon" de la Création le lieu de toutes nos marches !
Oui, tu as raison, ne laissons pas la foi se dénaturer dans nos "egos" :
vivons la Foi de l'Eglise....
mais où donc est l'Eglise ?
Philippe
oh Michel !
Je ne voudrais pas être importun mais... tu patauges en pleine hérésie là !
Le Foi est une vertu théologale,
elle s'enracine donc au Ciel et non dans la boue ou "le limon de la Création".
En revanche, c'est bien dans la créature qu'elle doit croître et porter du fruit (paroles d'Evangile).
Tu es donc dans l'inversion caractérisée.
Ce serait comme dire que le Christianisme a ses racines dans le judaïsme.
Non ! il a ses racines au Ciel (dans le Christ) et, ne pouvant croitre dans le judaïsme,
il l'a fait éclaté (parabole des outres neuves).
Autrement dit, ta façon de concevoir les symboles te met en dehors de l'Eglise (réelle).
Elle devient ainsi nécessairement "introuvable".
Ca ne m'étonne donc plus que tu conclues ta réponse par : "mais où donc est l'Eglise ?"
C'est ta façon de voir qui engendre le problème.
Il y aurait vraiment là matière à discussion. Mais le voudras-tu ?
Michel
Non, tu n'es pas importun !
Pourquoi voudrais tu que je refuse la discussion ?
Tu n'as pas besoin de sévir : je suis déjà excommunié !
Je suis sorti de l'Eglise comme on sort d'une place fortifiée où l'on se protège de tout et où l'on vit en autarcie...convaincu qu'il n'y a pas d'autre forme d'existence possible et qu'on est
la lumière du monde .. et d'où l'on sait jeter hors de la ville ceux qui ne se rangent pas !
A peine passée la porte, j'ai vu autour et à l'extérieur des remparts, des villes et des villes dont je ne soupçonnais pas l'existence quand j'étais derrière les murs !
Là, c'est vrai, c'est bien plus difficile de faire son chemin et de trouver sa route ; car il faut aller à la découverte, comprendre d'autres langues, vivre d'autres valeurs, s'habituer à
d'autres visages ... au risque à certains moments de ne plus savoir où l'on habite !
C'est la Création telle que la Parole de Dieu la fait émerger du limon primitif !
« Terre ouvre toi et fais germer le Sauveur »
A partir du moment où le Sauveur germe de la terre, il me paraît difficile d'affirmer de façon aussi péremptoire que le « théologal » reste en quelque sorte réfugié dans le Ciel
!
Non, je ne peux me résoudre à cette vision dualiste de l'existant :
Ce soir j'ai participé et animé une réunion dans mon village :
Dix personnes autour de la table, dont trois non baptisés, deux divorcés remariés : avec moi excommunié, cela fait déjà 5 personnes qui n'ont plus rien à voir avec l'Eglise !
Nous avons réfléchi sur la situation des personnes qui dans la commune sont en « détresse » : des personnes âgées seules, deux personnes qui viennent de perdre brutalement leur
conjoint, une jeune femme qui accueillait cet après midi en son domicile son propre mari revenu chez lui pour mourir d'une maladie incurable...
Une association (que nous avons montée) permet de subvenir aux besoins matériels et de santé de ces personnes, mais face à la détresse humaine des mêmes personnes, il n'y a rien...
Je te passe le détail de cet échange dont les points forts ont été les suivants :
-
nous ne savons plus voir la détresse par ce que nous ne nous rencontrons plus ... chacun vivant chez lui sa petite vie...
-
nous sommes habitués à ce que les besoins des autres soient pris en charge par des organismes spécialisés
-
nous ne savons plus aborder des personnes en état de détresse et trouver les attitudes et les gestes qu'elles attendent ...
-
Chaque personne présente va se faire l'écho de cette réunion autour d'elle pour essayer d'éveiller d'autres personnes
-
Nous allons essayer de faire un « repérage » des personnes qui sont en situation de détresse
-
Ce sont des attitudes très différentes et variées qui sont à mettre en œuvre en fonction des personnes à aider et des personnes disponibles :
-
d'abord, prendre le temps d'écouter, les aider à s'exprimer puis partager des activités : jeux, tricots, cuisine, informatique, audiovisuel....
La réunion a duré longtemps, et à la fin, nous nous sommes retrouvés avec la personne qui en avait eu l'idée.
Je lui ai demandé pourquoi elle avait lancé cette démarche :
- « mon mari est décédé subitement il y a quatre ans me laissant du jour au lendemain avec 4 enfants...: le vide s'est fait tout aussi brutalement autour de chez moi et j'ai ramé toute
seule...Je ne peux pas accepter de voir vivre cela par d'autres... »
- Et toi m'a t elle demandé, pourquoi tu t'impliques autant dans la démarche...?
Je lui est répondu :
- « Parce que je suis Prêtre et que partout où je peux être témoin et fondateur d'Eglise je n'ai pas le droit de rester passif ! »
- « Quel rapport avec l'Eglise » ?
Alors j'ai pris mon Évangile et nous avons lu ensemble l'épisode du « lavement des pieds »,
puis Matthieu 25 (« J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger... »)
et enfin mon texte Biblique préféré :
« Quand nous aimons nos frères, nous savons que nous passons de la mort à la Vie »
- Tu vois, ai je ajouté, ma Foi de Prêtre, c'est que les personnes avec qui nous étions ce soir, à leur manière elles accueillent le Christ et donc elles deviennent une cellule
d'Eglise...
- Pourquoi tu n'en profites pas pour leur dire ?
- Je ne sais pas... mais je crois qu'elles viennent dans un but précis et je ne veux pas récupérer ce qu'elles font pour vendre ma camelote : le temps viendra sans doute où une parole sera
possible mais faut laisser mûrir...et puis, moi, tu sais, je suis tenu au silence !
La personne s'est retirée et je me suis retrouvé seul, en état d'Eucharistie : j'ai relu mes notes, repassé dans mon souvenir et mon cœur toutes les personnes qui étaient là ou dont nous
avons parlé...
...avec elles j'étais au coeur de cette Eglise peuple de Dieu qui chemine sur notre terre sans toujours bien le savoir, avec elles et pour elles j'étais profondément « Prêtre »...et
au fond de moi-même j'ai « célébré »....
Tu vois, l'Eglise n'est pas introuvable...à condition d'être là où elle se trouve (« subsiste ? ») !
Je suis bien conscient que ma réponse ne va pas te satisfaire ...
...Ce que je te demande c'est, avant de bouillir intérieurement, de bien vouloir « entendre »...
Bien à toi
Michel
« Terre ouvre toi et fais germer le Sauveur »

** "L'Eglise a besoin que les chrétiens s'engagent dans la politique...
Oui bien sûr, mais... ?
...cela ne s'improvise pas ... servons nous du passé pour nous éclairer et ne nous contentons pas des effets d'annonce.
Nous avons connu au milieu du siècle dernier un engagement réel des chrétiens dans le domaine politique, nous avons tous des noms en tête : venant de la droite et du centre, peu à gauche ... mais quel avait été leur formation ?... Ils venaient les 3/4 des mouvements d'Action catholique (JAC, JOC, ACI, Scoutisme ), où de courants de pensée sociale, tel le Sillon....le tout, dans l'euphorie de la reconstruction de la Maison France ... Puis certains clivages sont apparus, notamment dans le domaine social où l'on a pris conscience des injustices du système économique en vigueur. Grèves dures, avec une certaine fraternisation avec des mouvements dit "gauchistes" à l'époque, dans les revendications. Crainte de la hiérarchie catholique d'un "dérapage "* de certains militants, voir de prêtres, d'où rappel à l'ordre... "affaire dramatique des prêtres-ouvriers".... puis apparu, la théologie de la libéralisation, (...je résume à grand trait ). Nous avons vu alors un certain nombre de militants chrétiens s'engager dans des mouvements politiques où syndicaux classés à gauche en France (je pourrai parler aussi de l'Italie, de l'Espagne...). Nous avons alors senti un "frein", non avoué, mais réel de la hiérarchie par rapport à l'A.C., aidé il faut le reconnaitre, par une diminution du nombre de prêtres et aussi de militants laïques. Mais le fond du problème était une certaine peur de l'Eglise, par rapport à certaines idées en cours dans les sphères politiques, ( il serait trop long d'en faire l'énumération).
Engagement politique : oui, mais avec quelles structures de formation, les mouvements d'A.C étant malheureusement à la marge dans notre pays et dans beaucoup d'autres, sauf peut être en Amérique du Sud et en Afrique ?... Honnêtement je n'ai pas la réponse ... souffler sur les braises restantes des mouvements d'AC... où inventer d'autres cercles de pensée ?...
Vaste débat d'un nouveau blog, peut être ...???...
*Relire le livre " FRANCE, PAYS DE MISSION " des abbés Y.Daniel et Godin, sur cette période, "avant coureur " de l'Esprit de Vatican II, qui est toujours remis en question périodiquement , par qq. membres de la hiérarchie vaticane.!! ."... guidée par une juste herméneutique !!! et... de renoncement à la solidarité trop euphorique qui a suivi le concile ..." ? !!!"